Solvay et IndustriAll renouvellent leur accord mondial sur les conditions de travail
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Entretien avec Jean-Christophe Sciberras, directeur des ressources humaines France et directeur des relations sociales et de l’innovation sociale du Groupe Solvay depuis septembre 2011 (ex-Rhodia 2009-2011)

Quel sont les nouveaux engagements de cet accord ?

Cet accord-cadre mondial garantit les mêmes droits fondamentaux à l'ensemble des employés du Groupe en activité dans le monde, soit 30 900 personnes dans 53 pays (Europe, Amérique latine, USA, Asie). A l’origine, cet accord est un héritage de Rhodia, absorbé en 2011 par Solvay, qui avait conclu en 2005 le tout premier accord mondial signé dans le secteur de la chimie sur les conditions de travail. En 2013, Solvay a repris l’accord et fait des ajustements concernant le dialogue social. Les accords précédents étaient en particulier orientés sur la sécurité physique dans ce secteur à risque où la plupart des usines tournent 365 jours par an, 24h sur 24. Nous l’avons mis à jour pour intégrer les objectifs du groupe concernant la santé mentale, la diversité et l’engagement sociétal des salariés. L’inscrire dans un accord, signifie qu’on accepte d’être évalué sur ce que nous faisons par IndustriALL.

Qui contrôle la mise en œuvre sur le terrain ?

IndustriALL exerce un contrôle complétement indépendant, deux fois par an,  sans aucune rémunération, à la différence des cabinets d’audits. En général, IndustriALL nous propose un pays d’implantation. En novembre 2016, l’organisation a choisi d’aller en Corée parce que l’OIT avait été saisie par un syndicat sur place. Nous avons visité 5 sites, en 3 jours. La première saisine concernait un plan de réorganisation et de compétitivité sur lequel les explications étaient insuffisantes. La seconde concernait un chantier de construction, sur lequel le sous-traitant était suspecté de faire de la discrimination syndicale. En fait, il recrutait des employés dans le village voisin, ce qui est mal perçu en Corée. Dans un premier temps, IndustriALL rencontre le syndicat, puis nous participons à la restitution commune. A cette occasion, un autre problème a été soulevé. Nous avons découvert ensemble que Solvay faisait partir, comme les autres entreprises, les salariés avant l’âge légal de la retraite, à 61 ans- au lieu de 63 ans- ce qui soulève un problème de rémunération. Nous avons décider de traiter ce sujet en en faisant un retour  lors du Forum mondial Solvay de la fin du mois de février, Forum qui constitue un comité de représentation mondial de nos salariés, composé de huit syndicalistes provenant des sept pays les plus importants du Groupe (Allemagne, France, Italie, Brésil, USA, Chine, Corée).

Les systèmes de relations sociales varient énormément qu’on soit employé à Séoul, à Paris ou à Sao Paulo ? Est-ce un obstacle pour décliner l’accord ?

Oui, mais cet accord-cadre fixe avant tout les valeurs auxquelles le groupe Solvay tient. Il signifie qu’on accepte d’être challengé et questionné. Si on ne vous questionne pas sur le fonctionnement de votre entreprise, vous ne progressez pas. Depuis une quinzaine d’années, les syndicats mondiaux ont développé une nouvelle stratégie, avec un certain succès auprès des multinationales européennes, pour s’assurer que les droits fondamentaux progressent. On a 120 accords mondiaux qui couvrent 10 millions de salariés, et une injonction forte sur les sous-traitants.

Quels sont vos moyens pour vos fournisseurs et sous-traitants respectent ces règles ?

Elles vont être annexées aux contrats commerciaux avec nos fournisseurs. Les cabinets d’audit qu’on partage avec les autres entreprises de la chimie auditeront mille de nos plus gros sous-traitants sur nos 45 000 fournisseurs.