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Cleveland-Cliffs sort son carnet de chèques anti-Covid

Sur le terrain | publié le : 27.09.2021 | Caroline Crosdale

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Prévention : Cleveland-Cliffs sort son carnet de chèques anti-Covid

Crédit photo Caroline Crosdale

 

Le sidérurgiste de l’Ohio a proposé de généreux bonus pour inciter ses troupes à se faire vacciner. Pas question en effet de risquer d’interrompre la production face à l’augmentation de la demande d’acier. Dans les comtés où la population est plutôt réticente, la différence est notable.

L’incitation à se faire vacciner, cela marche, à condition d’y mettre le prix. C’est la conclusion de l’expérience menée par le sidérurgiste américain Cleveland-Cliffs. Cet été, il a réussi à faire passer le taux de vaccination de ses 25 000 salariés de 35 % à 75 % en moyenne, en proposant des bonus progressifs.

Cleveland-Cliffs, dont le siège est dans l’Ohio, est le fruit de plusieurs achats, notamment la filiale d’ArcelorMittal aux États-Unis et AK Steel, en 2020. Le groupe, coté sur le New York Stock Exchange, est devenu leader de l’acier laminé. Et profite de la forte reprise de la demande émanant de l’industrie automobile. Il compte aussi sur les commandes qui suivront l’adoption du plan d’infrastructure afin de rénover routes, ponts et voies navigables. Mais encore faut-il que ces sites de production soient capables de suivre ! « Les aciéries ne peuvent se permettre aucune perturbation, à un moment où le prix de l’acier atteint un niveau record », a déclaré le dirigeant de Cleveland-Cliffs, Lourenco Goncalves, pour justifier le programme d’incitation créé en juillet. « Cela coûte beaucoup moins cher de verser un bonus à chacun que de risquer la contagion et la fermeture de postes de travail », a-t-il ajouté.

Négociations avec les syndicats

Lourenco Goncalves, un industriel brésilien, qui fut un temps membre du conseil d’administration du groupe français Ascometal, a donc négocié avec les syndicats maison, United Steelworkers, United Auto Workers et l’International Association of Machinists. Ces trois organisations ont donné leur feu vert… ce qui devrait limiter les poursuites en justice des réfractaires.

En juillet, les salariés de Cleveland-Cliffs se sont d’abord vus proposer 200 dollars pour aller se faire vacciner. Mais le dirigeant s’est aperçu que le système était peu incitatif. Les salariés qui avaient le droit de recevoir le vaccin pendant les heures régulières de travail n’étaient en effet guère motivés par cette carotte. Et n’allaient pas tous signaler leur nouveau statut au service des ressources humaines, qui plus est. En plein mois d’août, la direction a donc changé son fusil d’épaule. Chaque employé qui passait devant le médecin recevrait 1 500 dollars… et si son usine était protégée à 75 %, le bonus grimpait à 3 000 dollars. Money talks – l’argent parle – comme on dit aux États-Unis.

La pression du collectif

« Je crois que l’Américain moyen est intelligent. Je crois aussi à la pression des pairs. Si nous vivons dans un environnement où l’état d’esprit collectif pousse à ne pas se faire vacciner, même ceux qui le sont n’osent pas le dire, a expliqué Lourenco Goncalves. Mais quand je mets 1 500 dollars sur la table, ils réagissent et montrent leur carte de vaccination. » De fait, dans les États de la Rust Belt, les citoyens ne sont pas toujours convaincus des bienfaits de la médecine, et les cols bleus étaient plutôt réticents à la vaccination.

Le message de la direction s’est donc appuyé sur plusieurs arguments, dont le fait que chaque employé devait protéger sa famille, ses amis et les collègues qui, pour des raisons de santé, ne pouvaient pas se faire inoculer. Les ressources humaines ont, elles, misé sur la force du collectif. Avec des résultats à la hauteur des attentes de la direction. Lorsque le programme d’incitation – dont le coût total a été de 50 millions de dollars – s’est arrêté le 21 août, Cleveland-Cliffs avait un taux de vaccination pour l’ensemble du groupe de 75 %. L’usine d’Indiana Harbor a atteint 78 % de vaccinés. Le site de Toledo, dans l’Ohio, a dépassé les 80 %. Et le siège social affichait un taux de 97 %. Cleveland-Cliffs s’est ainsi retrouvé à l’avant-garde de la vaccination, puisque aux alentours d’Indiana Harbor ou dans l’Ohio, la moyenne de vaccinés dans la population est de 43 % à 45 % seulement.

« Nous applaudissons les employeurs qui encouragent l’acceptation du vaccin, s’est enthousiasmé Pat Tiberi, le président de la Business Roundtable de l’Ohio, l’organisation patronale locale. Cela nous permettra de remettre l’économie sur le bon chemin. » Depuis la clôture du programme du sidérurgiste, l’administration fédérale américaine a décidé d’imposer la vaccination dans toutes les entreprises de plus de 100 salariés, ou des tests Covid toutes les semaines, à partir de l’automne. Cleveland-Cliffs n’aura pas de mal à s’adapter.

Auteur

  • Caroline Crosdale