Intégration des réfugiés : le BTP montre l’exemple

6 h 45 du matin. Abdelwdod et Montesir, 36 et 37 ans, arrivent, comme tous les jours, sur le chantier de la future station de métro Clichy-Saint-Ouen, dans le nord de Paris. Ponctuels, aimables, travailleurs, ils sont des salariés exemplaires et leurs chefs ne tarissent pas d’éloges à leur sujet. Il faut dire qu’ils ont de quoi être motivés. Depuis août 2017, les deux hommes, d’origine soudanaise et érythréenne, ont été sélectionnés pour participer à un programme expérimental d’insertion sociale et professionnelle des réfugiés*. Ce programme, mis en œuvre par la préfecture d’Île-de-France en partenariat avec l’AFPA, l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), Pôle emploi et la Fédération nationale des travaux publics (FNTP), doit permettre à 22 migrants volontaires de bénéficier d’une formation en alternance de coffreurs-bancheurs, avec à la clé un diplôme équivalent à un CAP.

Depuis le début de l’aventure, huit entreprises du secteur se sont portées volontaires pour engager les stagiaires. Parmi elles, SPIE Batignolles, qui gère le chantier de prolongement de la ligne 14 de métro. « Avant d’arriver chez nous, les deux réfugiés ont bénéficié d’une préparation opérationnelle à l’emploi (POE) de deux mois pour acquérir des notions de sécurité et apprendre les bases du français », raconte Christophe Lannoy, le DRH de la filiale génie civil du groupe. Ce n’est qu’ensuite, début août, que les deux hommes ont réalisé un stage d’observation de quatre jours au sein de l’entreprise. « L’objectif était de voir s’ils étaient faits pour le métier, s’ils arrivaient à respecter les horaires, les consignes. C’est comme ça qu’on évalue leur motivation », explique Stéphane Marie, le chef de chantier, en charge de leur formation.

 

Une adaptation rapide

Abdelwdod et Montesir se montrent attentifs et enthousiastes et sont pris en alternance dès le 16 août. Au début, les choses ne sont pas simples. La langue, surtout, pose problème. « Le premier mois, j’avais du mal à retenir le nom des outils », témoigne Abdelwdod. Même son de cloche du côté de Montesir. Quelques mois, plus tard, l’immersion dans les équipes aidant, leurs progrès sont néanmoins spectaculaires, les deux stagiaires comprenant désormais tout.

Outre la langue, les deux réfugiés ont aussi dû apprendre rapidement un métier dont ils ne connaissaient rien. Avant SPIE Batignolles, Abdelwdod raconte avoir travaillé comme « technicien dans le bâtiment » au Soudan, sans plus de précisions. Christophe Lannoy, le DRH, ajoute qu’il aurait aussi été chanteur de rue, opposant politique au régime. Quant à Montesir, il a jusqu’ici travaillé comme peintre en bâtiment. Rien de très approchant, donc, avec le métier de coffreur-bancheur, qui consiste à travailler sur le gros-œuvre des bâtiments. Pourtant, les deux hommes s’adaptent vite. Grâce notamment à la formation de l’Afpa, où ils retournent tous les quinze jours, et aux conseils bienveillants de Stéphane Marie : « Former des personnes en difficulté, je connais, je fais ça depuis des années », sourit le chef de chantier.

Et pour la suite ? Le DRH assure qu’ils seront très probablement embauchés en CDI. « Le but n’était pas simplement de leur offrir un contrat d’apprentissage mais bien de les insérer dans la société. D’ailleurs, nous prévoyons de réitérer l’expérience avec d’autres réfugiés à l’avenir », explique-t-il.

Reste pour le moment une difficulté de taille à résoudre : le logement. Pour le moment, les deux stagiaires sont hébergés par l’Afpa. Mais une fois leur formation terminée, en mai prochain, les deux hommes pourraient se retrouver à la rue. Dans ces conditions, difficile d’obtenir un emploi. Mais leur conseillère socio-professionnelle au GEC (Groupement d’employeurs de la construction), Natacha Miezi, est confiante : « D’autres bénéficiaires du programme ont déjà trouvé où se loger. On espère que ce sera le cas pour Abdelwdod et Montesir », explique-t-elle.

 

* Hope (Hébergement orientation parcours vers l’emploi).